mardi 6 décembre 2016

Venus du berger



L'heure du berger

La lune est rouge au brumeux horizon ;
Dans un brouillard qui danse, la prairie
S'endort fumeuse, et la grenouille crie
Par les joncs verts où circule un frisson ;

Les fleurs des eaux referment leurs corolles ;
Des peupliers profilent aux lointains,
Droits et serrés, leurs spectres incertains ;
Vers les buissons errent les lucioles ;

Les chats-huants s'éveillent, et sans bruit
Rament l'air noir avec leurs ailes lourdes,
Et le zénith s'emplit de lueurs sourdes.
Blanche, Vénus émerge, et c'est la Nuit.

Paul Verlaine

dimanche 30 octobre 2016

Fière et debout




« La plupart des gens ont une vision conventionnelle de la vie,  il faut avoir le courage de se détacher de tout, de toutes normes, il faut oser faire le grand bond dans le cosmos : alors la vie devient infiniment riche, elle déborde de dons, même au fond de la détresse. »
Etty Hillesum

mercredi 19 octobre 2016

Papiers-bateaux


Pour Anne **







« Elle flotte, elle hésite, en un mot elle est femme »
Racine.



Je t'ai vue, Célestine, monter dans la barque. Vision un peu étrange que cette barque posée sur les eaux Vertes du lac du même nom, enchâssé à 1800 mètres d'altitude. Tu étais assez légèrement vêtue pour une nuit d'automne, éclairée par la lune. Tu t'es assise dans la barque, posant sur tes genoux une épaisse liasse de papiers. Tu as pris les feuillets, un par un : déclaration, questionnaire, attestation, formulaire, assurance, imposition, état-civil, remboursement et refus de remboursement, et justificatifs pour chacun des feuillets. Ton geste était gracieux et assuré : transformer chaque papier, par un savant pliage que nul n'a oublié quand il l'a transmis à des générations d'enfants, en un joli bateau, léger comme le vent, coloré par les en-têtes administratives devenues des noms poétiques pour chaque petit navire. Le fond de la barque s'est rempli des papiers pliés, alors que la liasse sur tes genoux a disparu. Tu t'es levée, a pris délicatement chaque petit bateau fragile et plus du tout menaçant, les as posés un par un à la surface de l'eau tout autour de toi.
Un vent léger s'est levé, conduisant vers l'autre rive cette flottille improbable, éclairée par la lune. J'ai alors distinctement entendu cette voix, réfléchie par la montagne : "Allez, on y arrivera bien".
Et tu as souri. Anne **

dimanche 5 juin 2016

Nuit des vents du sud








Moi je marche aux côtés de la nuit tendre qui descend,
J'appelle la terre, j'appelle la mer à demi noires.
Vient plus près nuit aux seins nus, plus près magnétique nuit nourricière !
Nuit des vents du sud, nuit des rares grandes étoiles !
Nuit dodelinante, folle nuit d'été nue...

Walt Whitman